Transports, Infrastructures & Mobilité

Stratégies


Quel avenir pour Boeing ?


Le transport aérien et la construction aéronautique sont durement touchés par les suites de la Covid-19. Mais pas de la même façon et ils seront aidés, également de manière différente, par leurs gouvernements respectifs.



Mais pas de la même façon et ils seront aidés, également de manière différente, par leurs gouvernements respectifs. Le cas est particulièrement ardu pour Boeing, qui cumule de graves ennuis techniques sur ses rares programmes - civils et militaires -, un excès de confiance en soi après plus de trente ans de succès ininterrompus et un comportement capitaliste incontrôlé, qui le poussa à favoriser les dividendes des actionnaires et le rachat de ses propres actions, au détriment de la perfection industrielle, naguère sa marque de fabrique et du recrutement d’ingénieurs imaginatifs. Certes « too big to fail » pour disparaître, Boeing y perdra sans doute beaucoup, car il va mal dans deux domaines essentiels. Techniquement tout d’abord. Ses deux programmes civils en cours sont sinistrés ou en retard (737Max et 777X), aucun nouveau programme n’est lancé  et ses programmes militaires ont connu de gros et coûteux échecs (Starliner - retards coûteux du « Future Combat Systems » -, suspension par l’US Air Force de la livraison des tankers KC-146).



Financièrement ensuite. En mars 2020, Boeing annonçait 15Md$ de liquidités et 9,6Md$ de crédit renouvelable, mais 27Md$ de déficit en 2019, 4,3Md$ de dépenses mensuelles courantes de production et d’aides à ses sous-traitants, 4Md$ pour le service de sa dette et 4,2Md$ pour l’achat du programme E-Jet d’Embraer, finalement remis en cause en mai 2020. Le passif est lourd : immobilisation de plus de huit-cents 737Max (dont 387 livrés), suspension du paiement des dividendes aux actionnaires et des rachats d’actions, fermeture d’une usine pour cause sanitaire (Puget Sound/Etat de Washington) et suspension du travail dans une autre (Charleston/Caroline du Sud), des licenciements et des incitations au départ.



De tels résultats sont d’autant plus mal vécus aux Etats-Unis que Boeing demande une aide fédérale de 60Md$, que Washington conditionne son aide à des contreparties inhabituelles : émission d’obligations convertibles en actions, suspension par Boeing du versement de dividendes, du rachat d’actions et de l’acquisition d’entreprises, et fortes mesures de réorganisation interne, afin d’éviter le renouvellement des fautes cumulées de 2018/2019.



Mathieu Saint-Yves




Photo : Premier vol du Boeing 737 Max 7 en mars 2018, au-dessus du Mont Rainier, USA. © Boeing


 
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