Transports, Infrastructures & Mobilité

Gouvernance


Eurotunnel, le Covid-19 et le Brexit


Après le Covid-19, Getlink, la maison mère d’Eurotunnel, risque d’être sérieusement secouée par les conséquences du Brexit, en janvier 2021. Les pourparlers entre le Royaume-Uni et Bruxelles se passant mal, on s’achemine vers un rétablissement brutal des frontières sans accord.



Dans l’immédiat, cela devrait limiter fortement la fluidité du passage des camions, vache à lait du groupe. Jusqu’ici, le trafic des navettes poids lourds est justement celui qui a le mieux tenu durant la crise sanitaire, selon les chiffres du premier semestre 2020 publiés par Getlink, le 22 juillet. Il n’a reculé que de 18 % avec plus de 665 000 camions transportés.
En revanche, les activités de transport de voyageurs se sont logiquement effondrées à cause des confinements. L’effet est massif : -52 % de voitures,  -65 % d’autocars au premier semestre. En juillet, mois estival traditionnellement porteur, le trafic des navettes passagers a accusé une baisse de 21 % par rapport à juillet 2019. Sur le premier semestre, c’est aussi 62 % d’affluence en moins dans les trains d’Eurostar, entreprise cliente d’Eurotunnel. Au second trimestre, en plein confinement, Eurostar a touché le fond avec une perte de trafic de 98 %. Getlink s’en tire bien néanmoins, en raison du mécanisme prévu dans le contrat commercial la liant à Eurostar. Les péages versés par ce dernier ont seulement diminué de 38 %, dans une proportion moindre que le nombre de passagers.
Au total, sur la première moitié de l’année, la pandémie a amputé de quelque 150 M€ le chiffre d’affaires (-29 %) du groupe présidé par Jacques Gounon. Certitude, le Brexit ne fera pas augmenter les flux. Mais la fusion en préparation d’Eurostar et de Thalys en vue d’un recentrage sur le continent signifie que le premier anticipe une réduction structurelle du flux transmanche de voyageurs. La sortie du Royaume-Uni va cependant permettre le retour des ventes en duty free et offrir la perspective de recettes compensatoires pour les opérateurs.



Face à ces enjeux, Yann Leriche, ex-directeur général de Transdev Amérique du Nord, qui assure la direction générale de Getlink  depuis le 1e juillet, a annoncé une remise à plat pour « adapt[er] l’entreprise au monde qui change ». Comment ? La stratégie n’est pas encore finalisée. Certitude, par rapport aux « pure players » que sont les compagnies de ferries, le gestionnaire du lien fixe a fortement développé ses activités pour répartir les risques. Outre une diversification ferroviaire sur le continent - dans le fret avec Europorte  et peut-être bientôt dans le TER si la joint venture avec RATP Dev remporte des contrats -, il attend de pouvoir démarrer sa filiale ElecLink destinée à acheminer de l’électricité sous la Manche. La crise sanitaire a retardé de quelques mois le feu vert de la commission intergouvernementale. L’allumage est prévu en 2022.



Marc Fressoz



Photo : Jacques Gounon (à g.), président de Getlink et Yann Leriche, directeur général. ©Getlink


 
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