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Le Sénat alerte sur la stratégie portuaire chinoise en France et en Europe


Puissance maritime, la Chine place ses pions en Europe. Dans le cadre du déploiement des nouvelles routes de la soie, elle a choisi un certain nombre de ports d’entrée sur le continent.



Son armateur Cosco détient 67 % du port grec du Pirée depuis 2016 ; 51 % des terminaux à Valence et Bilbao depuis 2019, tandis qu’en vertu d’un accord signé avec l’Etat italien en 2019, Gênes et Trieste doivent entrer dans la sphère chinoise. Boosté par 600 M€ d’investissement, le Pirée a traité 5 millions d’EVP en 2019, autant que la France.
Selon un rapport du Sénat intitulé « Réarmer nos ports dans la compétition internationale », adopté le 1er juillet, « les participations chinoises concernent au total seize terminaux dans treize ports européens et représenteraient 11 millions d’EVP en 2019, soit 10 % du volume européen ». China Merchants Group, un second bras armé de Pékin, a quant à lui fait alliance avec l’armateur français CMA CGM en entrant dans sa filiale Terminal Link dans la gestion de terminaux, notamment en France. Le risque pour les ports français, dont le trafic stagne, est de regarder passer les flux en ne constituant plus des escales sur les routes des grands armateurs mondiaux. Déjà, 40 % du trafic maritime français passe par d’autres ports. Autre risque, ne plus maîtriser les flux qui passent en France. Le rapporteur Michel Vaspart, sénateur LR des Côtes d’Armor, a tenu à souligner ce péril chinois qui résulte d’une commission d’information présidée par Martine Filleul (Nord, PS). « Ce n’est pas une fixation mais vraiment un constat que les pouvoirs publics ne voient pas, c’est une question de souveraineté nationale et européenne », estime-t-il. Dans son article « La participation de la Chine dans les ports à conteneurs européens » publié cette année dans la Revue internationale stratégique (n°117), Olaf Merk estime que la Chine a su profiter de la privatisation de la gestion des terminaux pour prendre pied en Europe, « elle pourrait contrôler 25 % de la capacité des terminaux à conteneurs en 2025 ».



Pas mécontent de la récente prise de conscience face à la stratégie agressive de la Chine, le Sénat prône un contrôle européen des investissements portuaires. Pour améliorer la compétitivité française,  l’urgence est de mettre au centre les acteurs privés (manutentionnaires, chargeurs, armateurs, logisticiens, etc.) et les collectivités locales, estime le Sénat. L’Etat aurait le préfet de région pour seule incarnation. Le modèle est inspiré de ceux de Rotterdam et d’Anvers, dirigés par des chefs d’entreprise. Autres leviers : réformer le modèle économique, juridique et social, obtenir des investissements de l’Etat, améliorer la connexion ferroviaire. Et prier pour que les grèves, véritable repoussoir, disparaissent.



Marc Fressoz



Photo : Le port du Havre ©Port du Havre


 
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