Transports, Infrastructures & Mobilité

Infrastructures


SGP : l’État fait le pari d’un changement de tête sans conséquence sur les chantiers


Un mégaprojet d’infrastructure d’un coût de 35 Md€ peut être mené par un maître d’ouvrage au patron interchangeable. C’est en tout cas la vision que défend l’État, actionnaire de la Société du Grand Paris (SGP). Le 17 mars, il a remplacé l’ingénieur des ponts Thierry Dallard par le président de la chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine, Jean-François Monteils, forcément sans expérience. C’est le cinquième président du directoire de la liste. Marc Véron (2010-2011), Étienne Guyot (2011-2014), Philippe Yvin (2014-2018) et Thierry Dallard (2018-2021) ont occupé cette fonction avant lui.


Sans explication officielle, ce limogeage a créé la stupeur chez les parties prenantes. Ses nouvelles orientations et son temps d’acculturation vont-ils altérer la dynamique du chantier ? Jean-François Monteils ne l’a pas caché au Parlement, sa mission (d’ordre politique et technique) est de tenter d’ouvrir même avec « des solutions dégradées » les gares du tronçon central des lignes 16 et 17 desservant les sites des Jeux olympiques de 2024. Ce sujet a été la cause en 2018 d’un désaccord profond lorsque, sur la foi d’un audit ayant servi à recaler le projet et ses coûts, Thierry Dallard a expliqué à Jean Castex, alors délégué interministériel aux J.O., que la tenue des délais serait impossible. Devenu Premier ministre en juillet 2020, celui-ci a donc écarté le président du directoire alors que le chantier bat son plein sur les lignes 15 sud, 16 et 17. Plusieurs sociétés d’ingénierie étudient des scénarios d’accélération des chantiers sur ces deux dernières et sur… les surcoûts induits. « La pression ne va pas baisser », assure Laurent Germain le directeur général d’Egis au cœur de ce travail d’expertise. Quant aux entreprises de travaux publics, elles ne sont pas mécontentes. « Accélérer la cadence signifie des prix renégociés à la hausse », explique-t-on du côté de la FNTP.


À la SGP, on minimise l’impact de ce coup de théâtre sur l’organisation en soulignant que « Thierry Dallard a industrialisé le processus de décision en installant un comité exécutif et de grandes directions bien structurés ». Reste à savoir si les membres de l’équipe nommée par l’ex-patron voudront tous rester. La maîtrise du principe de conception-réalisation qui sera utilisée pour les lots des lignes 15 ouest et 15 sud, gros morceaux à 10 Md€, ainsi que le maintien des deux autres membres du directoire (Frédéric Bredillot et Bernard Cathelain dont le rôle va être forcément renforcé) seront d’autres éléments de stabilité.


Le risque de déstabilisation du projet d’ensemble tient avant tout au risque de privilégier les décisions et annonces de court terme, d’ici la fin du quinquennat. Le nouveau président devra savoir résister pour ne pas faire déraper les coûts et le délai global de réalisation de l’ensemble du Grand Paris Express, voire pour ne pas sacrifier des tronçons pour compenser les surcoûts.


Marc Fressoz


 
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