Transports, Infrastructures & Mobilité

Le point sur


Renforcement vertical et diversification horizontale tous azimuts


À l'issue des neuf premiers mois de 2021, les bénéfices nets des groupes maritimes danois A.P. Moller- Maersk et français CMA CGM ont atteint des records : 11,9 Md$ pour le premier, 11,2 Md$ pour le second. Dans les deux cas, cette abondance de liquidités provient de leurs activités maritimes conteneurisées. À l’instar de tous les leaders mondiaux sur ce marché (l’italo-suisse Mediterranean Shipping Company [MSC], le chinois Cosco, l’allemand Hapag-Lloyd, le nippon One…), Maersk Line et CMA CGM profitent d’une hausse de leurs volumes transportés et d’une envolée historique des taux de fret alimentée par un déséquilibre entre l’offre et la demande. 


Les transporteurs maritimes conteneurisés utilisent cette abondance de liquidités de trois façons principales, seules ou combinées : réduire leur endettement, renforcer leur position dans la manutention portuaire, diversifier leurs activités sur l’ensemble des métiers du transport et de la logistique. Trois exemples illustrent ces stratégies, dont la proposition faite par MSC au groupe Bolloré pour acquérir ses activités logistiques et portuaires africaines rassemblées au sein de sa filiale Bolloré Africa Logistics. Le 20 décembre, les deux groupes ont reconnu être en « négociations exclusives » jusqu’à fin mars 2022. L’opération est valorisée à 5,7 Md€. 


BATAILLE AU SOMMET 


De son côté, le groupe A.P. Moller-Maersk a annoncé le 21 décembre sa volonté d’acquérir la société de logistique contractuelle LF Logistics basée à Hong Kong pour 3,6 Md$. Spécialisée dans la logistique omnicanale du e-commerce et le transport dans la région Asie-Pacifique, LF Logistics gère 223 entrepôts (2,7 millions de mètres carrés). La finalisation de cette transaction interviendrait au premier semestre 2022. Elle porterait à 549 le nombre d’installations logistiques (9,5 millions de mètres carrés) exploitées par le groupe danois dans le monde. 


En novembre, A.P. Moller-Maersk avait déjà repris le transitaire américain Senator International Freight Forwarding pour 644 M$ – connu, notamment, pour son réseau mondial de transport de fret aérien doté de capacités contrôlées et sécurisées. En parallèle, le groupe danois prévoit de transformer sa filiale Star Air, dédiée à ses activités aériennes, en transporteur aérien à part entière avec la location de trois avions-cargos B767-300F dès 2022 et l’achat de deux B777F déployés d’ici 2024. À noter que, depuis 2020, A.P. Moller- Maersk a multiplié les reprises de sociétés spécialisées dans la logistique omnicanale à travers le monde. 


CMA CGM a la même stratégie. Début novembre, le groupe français a acquis Fenix Marine Services, à la tête du troisième plus grand terminal portuaire conteneurisé en termes de capacité (2,5 MEVP) à Los Angeles, pour 2,3 Md$. En décembre, il a annoncé la reprise d’Ingram Micro Commerce & Lifecycle Services (CLS) pour 3 Md$. Cette société américaine est spécialisée dans la logistique omnicanale et e-commerce mondial. La finalisation de cette transaction est prévue au premier semestre 2022. Ingram Micro CLS rejoindrait Ceva Logistics, la filiale logistique et de commission de transport de CMA CGM, acquis en avril 2019 pour 1,4 Md€ environ. Sur la seule activité de logistique contractuelle, le nouvel ensemble constitué autour de Ceva Logistics réalisera un chiffre d’affaires de plus de 5 Md$ avec 800 entrepôts totalisant 10 millions de mètres carrés environ ! CMA CGM renforce en parallèle ses offres dans le transport aérien. Créée en février 2021, sa filiale CMA CGM Air Cargo est appelée, elle aussi, à devenir une compagnie aérienne à part entière. Opérée actuellement par Air Belgium, la flotte de CMA CGM Air Cargo compte quatre A330-200F. Elle sera complétée au printemps 2022 par deux B777F et par l’achat de quatre exemplaires du tout nouveau 


Proposer des solutions logistiques de bout en bout basées sur le contrôle d’actifs critiques. Telle est la stratégie déployée par A.P. Moller-Maersk et CMA CGM qui disposent, chacun, de moyens financiers suffisants pour concrétiser leurs ambitions. Dans leur stratégie, plusieurs priorités apparaissent : mener la transition écologique de leur flotte de navires, maîtriser seul ou au moyen de participations et de partenariats la manutention portuaire conteneurisée dans quelques grands ports stratégiques, adossée à des offres multimodales terrestres contrôlées, devenir transporteur de fret aérien et investir dans la logistique contractuelle dans la distribution omnicanale et l’e-commerce en particulier. Ces priorités s’étendent à la gestion des données et des commandes ainsi qu’à la traçabilité des flux avec le renforcement ou l’acquisition de sociétés informatiques spécialisées dans ces domaines. Ces stratégies semblent répondre à une attente de certains groupes internationaux. En témoignent Unilever, Vestas et Danish Crown qui ont confié à A.P. Moller-Maersk la quasi-totalité de leur logistique ou de son pilotage au cours des derniers mois. 


Erick Demangeon 


© Shutterstock - Maersk Line 


 
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