Transports, Infrastructures & Mobilité

Le point sur


Le point sur les programmes des candidats


Emmanuel Macron a été réélu le 24 avril, mais il est difficile de se faire une idée précise de sa future politique pour les transports et la logistique. On peut imaginer qu’il prolongera son action là où existe une feuille de route pluriannuelle, telle que France Logistique en a défini une. Le député de La République en marche Jean-Marc Zulesi l’a fait comprendre à la SITL lors d’un débat avec des représentants d’autres candidats en rappelant les axes de travail – « décarbonation, attractivité, gouvernance » – en faveur de la filière logistique. Au gré d’interventions, le candidat ou ses porte-parole ont distillé quelques propositions : allongement des aides pour le fret ferroviaire, classement du carburant B100 dans la catégorie Crit’Air, système de location longue durée de véhicules électriques pour les ménages. Il n’empêche que durant sa rapide campagne, le président-candidat et son équipe se sont dispensés de présenter aux électeurs et aux professionnels un semblant de programme et de vision globale. En guise de signe de cette impasse, ils ont snobé le questionnaire de TDIE, contrairement à Nathalie Arthaud, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Marine Le Pen dont les réponses ont été présentées par l’association le 24 mars.



Un refus de répondre au questionnaire et des idées encore floues pour la LREM


De la part du favori des sondages, c’est une première depuis que le think tank élabore avant chaque grand scrutin (municipales, régionales, présidentielle, européennes) un questionnaire assez fourni qu’il envoie aux équipes en lice. Ce qui a suscité un certain agacement dans le secteur. L’oral de TDIE, le 17 mars, n’a pas dissipé le flou programmatique. À côté des représentants des camps Pécresse, Hidalgo, Mélenchon, Roussel, l’eurodéputé La République en marche Fabienne Keller a dû faire de la figuration, contrainte de brasser des idées vagues parce que « les arbitrages ne sont pas faits », a-t-elle avoué. On a tout de même appris que sur sa méthode, le Président réélu entend associer les citoyens, à l’instar, peut-on imaginer, de la Convention citoyenne sur le climat. Mais les élus seront également impliqués, tout comme les corps intermédiaires, selon un modèle qui pourrait ressembler à la concertation marathon installée pour la LOM, et qui a occupé – parfois épuisé – les parties prenantes. Il faut espérer que le parti présidentiel aura élaboré un vrai programme pour les législatives.





Des partis en opposition, mais une volonté commune de décarboner les transports


Quoi qu’il en soit, la campagne du premier tour a permis de faire émerger des thèmes communs aux différents partis qui occuperont le quinquennat. Tandis que les médias soulignent surtout les divergences, TDIE s’attache à identifier les sujets partagés par les divers bords. « Il y a un consensus chez les candidats sur l’urgence de la décarbonation du transport, qui selon eux restera dominé par la voiture », résume Philippe Duron, le coprésident de TDIE. D’autres préoccupations communes ont émergé. On peut citer la nécessité de trouver des financements pour les infrastructures et de réviser le contrat de performance État-SNCF Réseau pour le crédibiliser ; la question d’éviter un nouveau mouvement des Gilets jaunes à cause des ZFE ; le besoin de réfléchir à la fin des concessions autoroutières. La rationalisation des circuits logistiques dans un souci de sobriété énergétique a également fait surface.



Une méfiance globale vis-à-vis de l’aérien ?


Concernant le transport aérien, les intervenants de chaque formation politique ont confirmé, de façon plus ou moins lapidaire, la méfiance grandissante vis-à-vis de ce mode. Tous plaident pour une efficacité plus importante de l’avion, qu’il s’agisse des progrès en cours en matière de motorisation, de meilleurs taux de remplissage, voire de la réorientation du trafic aérien vers d’autres moyens, surtout le TGV, lorsque c’est possible. David Belliard (EELV) souhaite que l’avion soit réservé aux longs trajets et qu’on applique strictement une logique de pollueur-payeur. « Nous ne pouvons plus utiliser l’avion comme avant », estime-t-il. En conséquence, beaucoup dénoncent (à l’instar d’Olivier Jacquin, représentant d’Anne Hidalgo) le fait que le kérosène bénéficie depuis 1945 d’une absence totale de taxe sur les liaisons internationales. Il en est de même de certains tarifs d’avion, tels ceux pratiqués par les vols low cost : ainsi, Philippe Tabarot (Les Républicains) note comme d’autres qu’il n’est pas admissible qu’un billet d’avion aérien soit moins cher qu’un billet de train. Jacques Baudrier (PCF) demande pour sa part l’application d’une taxe sur l’aviation d’affaires alors que d’autres plaident pour une utilisation plus parcimonieuse de celle-ci, allant jusqu’à vanter les mérites des visioconférences. Quant aux représentants des deux candidats au second tour de la présidentielle, Fabienne Keller évoquait de son côté les aides apportées à une aviation moins polluante (le plan pour l’avion vert était présenté le même jour par Bruno Lemaire), rappelait l’objectif de 2050 pour la neutralité carbone du transport aérien et diverses mesures déjà prises (abandon du projet Notre-Dame-des-Landes et du terminal 4 à Roissy), soulignant ainsi la nouvelle modération en matière aéroportuaire.


Pour le Rassemblement national, Franck Briffaut souhaite que l’on ne réfléchisse pas « mode par mode », mais d’une façon globale. Et d’en appeler surtout au pragmatisme, qu’il s’agisse de l’interdiction de lignes entrant en concurrence avec le train, de celle d’agrandir les aéroports ou encore de la dénonciation des compagnies low cost qui ont su développer des liaisons aériennes nouvelles en Europe. Concernant les investissements dans l’aérien en matière de décarbonation, il invite à respecter un « rythme acceptable », au risque de « casser le système », et désire surtout que l’État clarifie le jeu vis-à-vis des opérateurs, des industriels, des usagers comme des contribuables.



Marc Fressoz et Jean-Claude Pennec


© AFP


 
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