Transports, Infrastructures & Mobilité

Longue distance


L’Académie de l’air et de l’espace consacre son XIIIe avis au défi climatique posé à l’ensemble du transport aérien


Dans le droit fil du colloque qu’elle avait consacré les 11 et 12 mars dernier au défi climatique auquel doit faire face aujourd’hui le transport aérien mondial (voir TI&M no 526), l’Académie de l’air et de l’espace vient de consacrer le XIIIe avis de son histoire à ce sujet. Un avis important puisqu’il définit peu ou prou la politique qui, selon elle, devrait être initiée dès à présent pour que le secteur réponde en effet aux échéances urgentes se posant en matière de réchauffement climatique. À ce sujet, l’AEE rappelle au passage la mise en place il y a trois ans du dispositif de compensation des émissions du transport aérien (CORSIA), limitant le niveau des émissions à celui de 2020 et faisant du transport aérien le seul secteur économique doté d’un système de régulation de ses émissions au niveau mondial.


L’AEE prône 12 « recommandations »


Il ressort de cet avis (de 36 pages*) douze « recommandations » qui portent sur les différents points abordés lors de ce riche colloque et qui sont de trois sortes : technologiques, institutionnelles et sociétales. Avant tout, l’Académie plaide pour la création d’un « observatoire de la décarbonation du transport aérien » afin de travailler sur des « bases » (chiffres, données, etc.) reconnues par tous.


Revenant sur les différents choix technologiques possibles, sujet majeur du colloque, l’AAE insiste, tout en citant les différentes pistes possibles (électricité, hydrogène, etc.), pour que les États soutiennent « massivement dès à présent une filière industrielle européenne de carburants synthétiques (Power-to-Liquids), à charge pour les industriels et les États de “maintenir et amplifier les efforts d’innovation sur les technologies actuelles” ».


L’OACI appelée à se réformer en profondeur…


Au passage, l’Académie épingle l’organisation internationale lui demandant « d’adapter ses structures de travail », et appelant même les États et les institutions européennes « à faire pression » sur l’assemblée et le conseil de l’OACI « afin qu’elle se réforme en profondeur ». « Cela fait des années que des gens demandent à l’OACI de bouger, d’aller plus vite, car tout s’accélère, explique Michel Wachenheim, président de l’Académie, que ce soit en matière technologique ou en matière d’opinion publique. »


À propos de cette politique, l’AAE recommande en premier lieu de mettre en œuvre dès maintenant une politique ambitieuse d’incorporation de carburant alternatif durable.


… et à intégrer le climat dans la convention de Chicago


Sachant que la France prendra, au premier semestre 2022, la présidence de l’Union européenne, elle invite d’ailleurs les États à prendre une « initiative forte » en amont de la 41e assemblée de l’OACI, prévue en septembre 2022, qui permettrait de faire de la lutte contre les changements climatiques un principe de base de la Convention de Chicago. « Aujourd’hui, c’est le sujet principal », estime le président de l’AEE.


Aéroports, transports terrestres appelés à coopérer


Surtout, au travers de plusieurs recommandations, l’AAE invite tous les acteurs du transport aérien à se mobiliser : modernisation des flottes, progrès technologiques en matière de moteurs et d’énergie, mais aussi meilleure efficacité de la navigation aérienne. Il en est de même pour les aéroports, appelés à s’équiper en vue de la mise en service des nouveaux carburants, ou pour les transports terrestres qui les desservent, en privilégiant des transports en commun « de qualité », compléments et non-concurrents de l’aérien, au détriment de la voiture individuelle. Au passage, elle insiste pour que les personnels de la navigation aérienne (ATM) intègrent cette approche climatique dès leur formation.


Reste enfin la perception sociétale de l’aviation et du transport aérien, largement traitée durant le colloque. Là encore, l’Académie estime qu’il faut agir. « Cela passe par un dialogue entre les différentes parties de la société, côté aéronautique et côté non-aéronautique », estime Michel Wachenheim. Ce ne sera pas forcément le plus simple.


* Académie de l’Air et de l’Espace : XIIIe avis de l’AAE sur « Transport aérien en crise et défi climatique : vers de nouveaux paradigmes ». (À commander sur le site de l’AAE : 10 €.)


Jean-Claude Pennec 


© Airbus. À l’image d’Airbus et de sa flotte ZEROe (en développement), les acteurs de l’aéronautique sont amenés à travailler sur les avions de demain. 


 
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