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L’hydrogène « vert » s’invite dans les entrepôts logistiques


Les chariots élévateurs avec piles à hydrogène ont fait leur entrée dans les entrepôts logistiques au début des années 2000. En France, IKEA à Saint-Quentin-Fallavier (38), FM Logistic à Neuville-aux-Bois (45), tous deux en 2013, puis Prelocentre, prestataire logistique du distributeur Grand Frais, à Saint-Cyr-en-Val (45), en 2015, ont été pionniers. Or ces premiers déploiements fonctionnaient à l’hydrogène dit « gris ». À l’usage, cette énergie ne dégage que de la vapeur d’eau, mais sa production, par vaporeformage à partir de combustibles fossiles, de gaz naturel principalement, est très consommatrice d’énergie et émettrice de gaz à effet de serre. Ce frein écologique est en passe d’être levé, comme en témoigne Carrefour. Entre 2017 et 2018, le distributeur a déployé 137 chariots à hydrogène sur sa plateforme logistique de Vendin-le-Vieil (62) avec le concours, notamment, d’Air Liquide qui lui fournit aujourd’hui un hydrogène renouvelable sous certificat d’origine.


L’histoire s’accélère


Trois projets récents semblent confirmer le potentiel de l’hydrogène « vert » en logistique. Le nouvel entrepôt du distributeur Lidl, inauguré fin mars à Carquefou près de Nantes, utilise 98 chariots élévateurs fonctionnant avec cette énergie. Cette flotte est alimentée en hydrogène renouvelable par Lhyfe. Ce dernier le produit par électrolyse à partir d’eau de mer, désalinisée et purifiée, et d’une électricité renouvelable, issue d’un champ éolien à proximité de son usine à Bouin (en Vendée, à 70 km de Carquefou). Un électrolyseur y sépare l’hydrogène et l’oxygène de l’eau pour produire un hydrogène renouvelable.


Au même moment, le fabricant d’isolants thermiques Corstyrène a inauguré une station de production d’hydrogène sur son usine d’Aléria en Haute-Corse. Par électrolyse, l’hydrogène y est conçu à partir d’une électricité renouvelable issue de panneaux photovoltaïques posés sur des ombrières. Cet hydrogène « vert » ravitaille 7 chariots avec piles à combustible.


Enfin, le 17 mai dernier, FM Logistic a inauguré une station d’hydrogène vert et renouvelable sur sa plateforme d’Illescas, près de Tolède, en Espagne. Sa production hebdomadaire de 45 kg alimente actuellement un utilitaire de 3,5 t et 7 chariots élévateurs ; sa capacité pouvant approvisionner jusqu’à 18 engins de manutention. Pour produire l’hydrogène par électrolyse, la station du logisticien utilise l’énergie solaire produite par des panneaux photovoltaïques sur le toit du site et de l’eau du réseau public (10 l consommés pour produire 1 kg d’hydrogène). En France, FM Logistic et Bouygues Énergies & Services ont conclu un partenariat pour la construction d’une autre station d’hydrogène vert dans le Loiret. Cet investissement de 10 M€ permettra de répondre dès 2023 aux besoins locaux du logisticien, d’autres entreprises privées et de la ville d’Orléans.


 


Ces exemples semblent prouver la maturité de l’hydrogène dans les entrepôts logistiques pour alimenter leurs chariots de manutention. Les avantages opérationnels cités sont, tout d’abord, le temps consacré à ravitailler ce type d’appareil. Il est compris entre deux à trois minutes contre plusieurs heures pour recharger une batterie plomb-acide ou une vingtaine de minutes, toutes les trois heures pour les matériels avec batterie lithium-ion (Li-ion). Chaque plein d’hydrogène assure une autonomie équivalente ou supérieure, et une sécurité renforcée en ne manipulant plus de batteries. La disponibilité des engins à hydrogène serait donc optimisée, diminuant par conséquent leur nombre ainsi que celui des batteries de rechange. Dans le cas de Carrefour et de Lidl par exemple, le ravitaillement en hydrogène est réalisé par seulement trois distributeurs rendant inutile une salle de charge.


Malgré ces atouts opérationnels et écologiques, à condition d’être « vert », l’hydrogène se déploie lentement dans les entrepôts logistiques. Le coût des chariots équipés d’une pile à combustible est encore au moins deux fois supérieur à un modèle équivalent doté de batteries Li-ion et davantage avec batteries plomb-acide (les plus utilisées). Un second frein concerne la disponibilité limitée d’hydrogène vert. Pour Lhyfe, fournisseur de cette énergie, la production d’énergies renouvelables, comme l’éolien ou le photovoltaïque, devient mature et de plus en plus compétitive. Elle permettrait d’envisager à court terme un hydrogène vert à des coûts abordables, voire inférieurs aux énergies fossiles pour des applications logistiques.


Dans l’immédiat, les constructeurs de chariots estiment que le déploiement de modèles à hydrogène suppose une flotte composée d’au moins 50 exemplaires utilisés de façon intensive, en 2 x 8 ou 3 x 8. La proximité du lieu de production de l’hydrogène par rapport à la localisation du site est également un paramètre évoqué pour réduire les coûts logistiques de son approvisionnement sous haute pression et réfrigéré.


Erick Demangeon 
© STILL - Ravitaillement en H2, Carrefour. 


 
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